''Le Cid'' est une tragi-comédie de Pierre Corneille dont la
           première représentation eut lieu en 1636
On peut écouter les paroles en cliquant sur le masque au début
de chacune des scènes, tout en suivant le texte sur la page.
Acte premier - scène 1
Chimène
Evire, m'as-tu fait un rapport bien sincère?
Ne déguises-tu rien de ce qu'a dit mon père?

Elvire
Tous mes sens à moi-même en sont encore charmés
Il estime Rodrigue autant que vous l'aimez
Et si je ne m'abuse à lire dans son âme
Il vous commandera de répondre à sa flamme

Chimène
Dis-moi donc, je te prie, une seconde fois
Ce qui te fait juger qu'il aprouve mon choix
Apprends-moi de nouveau quel espoir j'en dois prendre
Un si charmant discours ne se peut trop entendre
Tu ne peux trop promettre aux feux de notre amour
La douce liberté de se montrer au jour
Que t'a-t-il répondu sur la secrète brigue
Que font auprès de toi don Sanche et don Rodrigue?
N'as-tu point trop fait voir quelle inégalité
Entre ces deux amants me penche d'un côté?

Elvire
Non, j'ai peint votre coeur dans une indifférence
Qui n'enfle d'aucun d'eux ni détruit l'espérance
Et sans les voir d'un oeil trop sévère ou trop doux
Attend l'ordre d'un père à choisir un époux
Ce respect l'a ravi, sa bouche et son visage
M'en ont donné sur l'heure un digne témoignage
Et puisqu'il vous en faut encore faire un récit
Voici d'eux et de vous, ce qu'en hâte il m'a dit:
''Elle est dans le devoir, tous deux sont dignes d'elle
Tous deux formés d'un sang noble, vaillant, fidèle
Jeunes, mais qui font lire aisément dans leurs yeux
L'éclatante vertu de leurs braves aieux
Don Rodrigue surtout n'a trait en son visage
Qui d'un homme de coeur ne soit la haute image
Et sort d'une maison si fertile en guerriers
Qu'ils y prennent naissance au milieu des lauriers
La valeur de son père, en son temps sans pareille
Tant qu'a duré sa force, a passé pour merveille
Ses rides sur son front ont gravé ses exploits
Et nous disent encore ce qu'il fut autrefois
Je me promets du fils ce que j'ai vu du père
Et ma fille en un mot, peut l'aimer et me plaire
Il allait au conseil dans l'heure qui pressait
À trancher ce discours, qu'à peine il commencait
Mais à  ce peu de mots, je crois que sa pensée
Entre vos deux amants n'est pas fort balancée
Le Roi doit à son fils élire un gouverneur
Et c'est lui que regarde un tel degré d'honneur
Ce choix n'est pas douteux, et sa rare vaillance
Ne permet pas qu'on craigne aucune concurrence
Comme ses hauts exploits le rendent sans égal
Dans un espoir si juste, il sera sans rival
Et puisque don Rodrigue a résolu son père
Au sortir du conseil à proposer l'affaire
Je vous laisse à juger s'il prendra bien son temps
Et si tous vos désirs seront bientôt contents

Chimène
Il semble toutefois que mon âme troublée
Refuse cette joie, et s'en trouve accablée
Un moment donne au sort des visages divers
Et dans ce grand bonheur, je crains un grand revers

Elvire
Vous verrez cette crainte heureusement déçue

Chimène
Allons, quoi qu'il en soit, en attendre l'issue
*****DISTRIBUTION*****
Chimène...........................Silvia MONFORT
Elvire...................................... MONA-DOL
L'Infante...................Monique CHAUMETTE
Leonor.......................Laurence CONSTANT
Un Page..........................André SCHLESSER
Le Comte..........................Georges WILSON
Don Diègue......................Jean DESCHAMPS
Don Rodrigue......................Gérard PHILIPE
Don Arias...........................Philippe NOIRET
Le Roi Don Fernand....................Jean VILAR
Don Sanche.........................Roger MOLLIEN
Don Alonse.......................Georges RIQUIER
  ****ACTE PREMIER****